2003,
Aujourd’hui, les gamins deviennent des stars parce qu’on le leur demande. On les pousse sous sa lumière des projecteurs jusqu’à ce que leur visage brûle. David Jones Bowie, lui, s’est fait connaître par sa musique, un jour de 1969 où la lune était sur toutes les télés. « Ground control to Major Tom … » .
L’image est venue ensuite, amalgame improbable de tout ce que l’époque produisait : Le Velvet Underground d’Andy Warhol, l’univers terrifiant de Kubrick, 1984, le Glam Rock initié par T-Rex … tous ces avatars et quelques autres formant le Dr Frankeinstein qui donnera naissance à un Prométhée bisexuel d’un nouveau genre : Ziggy Stardust .
« Why did you killed Ziggy ??? Booooouh ! » pleurniche Bowie sur la scène de l’Olympia en 2001, tournant en dérision ses fans de l’époque, mais aussi lui-même, le mégalomane et schizophrène génial avec une spider (from mars) au plafond .
Bowie a tué Ziggy . Au somment de sa gloire, il se démaquille, se rhabille tout seul, « apprend à acheter un billet d’avion », abandonne famille du glam et famille tout court pour se créer une nouvelle vie à Berlin avec un Iggy Pop proche du caniveau, après l'avoir été du trottoir. Berlin ville des anonymes, du punk, de la décadence, des machines métalliques, du masochisme .
Combien l’ont imité après lui ?
1980, un clown blanc traverse une plage orange sur fond de mer noire . 1983, une femme enceinte s’ennuie chez elle où il n'y a pas la TV, elle écoute en boucle « Ashes to ashes » quand ce n'est pas une question de temps, sans se douter des effets que cela aura sur son rejeton . Un rejeton capable de pleurer pour un simple « yeah » torturé et tortueux sur cette chanson qui 11 ans plus tard révèle un terrible scandale : Major Tom est un junkie. Sa maman l’avait prévenu.
1993, Bowie, le financier longtemps considéré comme une vache à lait par ses producteurs, prend sa revanche . Tournées détournées à n’en plus finir, chansons cotées en bourse … A un journaleux français soulevant les babines de l’artiste pour montrer ses longues dents, ce dernier lui chantera :
« personne ne sait combien j’ai souffert … personne … sauf mon banquier ".
A défaut de vendre le monde, the man who sold ... himself.
Bowie a souffert . Sa schizophrénie l’a mené sur une scène haute, si haute qu’il a cru qu’il deviendrait « Hitler en Grande-Bretagne » . Cette même ( ?) schizophrénie conduira son frère au suicide . Jump, they say .
2003, Nice, Reality Tour . Sa voix pleure, il la dit cassée, il s’enfuira comme le bossu qu’il imitait deux ans plus tôt sous les pouces levés ou baissés de la foule . Bowie n’aime pas perdre face à son public, mais il n’aime surtout pas perdre face à lui-même . Bowie torturé, ça devient culte . A 56 ans, qui peut encore prétendre poursuivre la lutte face à la facilité, à l’inutilité de la vie, et à la terrible torture que représente un esprit qui veut aller là où la société ne veut pas le voir ? Je me demande même qui à 20 ans peut prétendre ça … Certes, il est plus facile de prendre Madonna que Nietzsche comme modèle .
1972, Californie . Bowie démaquillé, un doigt sous le nez, boit du lait à la brique à l’arrière d’une voiture dont les vitres déroulent le même paysage durant des heures . Avec lui, un journaliste lui demande ce qu’il est et ce qu’il fait là . Les yeux rivés sur sa brique de lait, le blondinet répondra : « Il y a une mouche dans mon lait … c’est un corps étranger … et il absorbe beaucoup de lait».
...
Got milk ?
mercredi 30 juin 2010
mardi 29 juin 2010
Out of blue comes green
Père,
Mes ailes sont coupées
Et vois ce qui m'a fait chuter
Je suis tellement seul maintenant ...
Mère,
La flamme gelée du temps
Semble s'accrocher à la pluie
Qui ne touche que moi
Je coule tout comme une rivière
Sans savoir dans quelle direction je vais
Si seulement quelque chose pouvait me retenir
Mais peu importe
J'aurais au moins ouvert les yeux
De l'errance naît l'espoir
Mère,
J’ai eu tout faux
Et tout ce que j'ai fait
C'est de me tuer à la tâche
Père,
Je suis tellement fier
D'être né de ta chair
Ton amour me transporte
Et je sais que je peux tout perdre
Que la vie est comme ça … que tu n’as pas le choix
Et alors que je touchais l’horizon
J’ai senti que je pourrais mourir bientôt.
Mais peu importe,
J'aurais au moins ouvert les yeux ...
De l'errance naît l'espoir.
A-Ha - Out of blue comes green
dimanche 27 juin 2010
Creep
Quand tu étais là tout à l'heure
Je ne pouvais pas te regarder dans les yeux
Tu es tout comme un ange
Ta peau me fait pleurer
Tu flottes comme une plume
Dans un monde merveilleux
Et j'aurais tant voulu être spéciale
Tu es tellement spécial
Mais je suis une conne
Je suis bizarre
Mais putain qu'est-ce que je fous là ?
Je n'ai rien à faire ici.
Je m'en fous que ça fasse mal
Je veux avoir le contrôle
Je veux un corps parfait
Je veux une âme parfaite
Je veux que tu remarques
Quand je ne suis pas dans le coin
Tu es tellement spécial
J'aurais aimé être spéciale
Mais je suis une conne
Je suis bizarre
Mais putain qu'est-ce que je fous là ?
Je n'ai rien à faire ici.
Elle court vers la porte
Elle s'enfuit
Elle s'enfuit, s'enfuit, s'enfuit ...
Quel que soit ce qui te rend heureux
Quoi que tu veuilles
Tu es vraiment spécial
J'aurais aimé être spéciale.
Mais je suis une conne
Je suis bizarre
Mais putain qu'est-ce que je fous là ?
Je n'ai rien à faire ici.
Je n'ai rien à faire ici.
Radiohead - Creep
samedi 26 juin 2010
Scintigraphie
humeurnoire.deviantart.com
likn.deviantart.com
Des autres qui ne sont pas n'importe quels autres. "J'ai toujours rêvé que l'on me dise que j'étais l'élue" me confiait une patiente. Ceux-là le sont, pour toujours, bien au-delà de mon coeur - monument aux morts - gravés dans mon âme, ce monument aux mots.
likn.deviantart.com
Des autres qui ne sont pas n'importe quels autres. "J'ai toujours rêvé que l'on me dise que j'étais l'élue" me confiait une patiente. Ceux-là le sont, pour toujours, bien au-delà de mon coeur - monument aux morts - gravés dans mon âme, ce monument aux mots.
L'hiver se nie

Ci-gît moi.
1983-2003.
Je ne m’y attendais pas ! Même si tout est de ma faute. Personne ne m’a tué, non, je n’étais pas malade. J’aurais pu l’être remarquez, je l’ai si souvent souhaité.
Mais le fait est que je me suis simplement … oubliée.
C’était le 1er novembre, et tout le monde ou presque sait ce que cette date signifie. Il aurait du pleuvoir, il aurait du faire gris, mais non il faisait bleu. L’automne et l’hiver se nient, c’est comme ça ici.
Ce jour-là évidemment mon cimetière était rempli. Enfin, rempli, c’est un bien grand mot pour un si vieux cimetière ! Trois ou quatre personnes, un enfant, une noueuse petite vieille dame, tout au plus. Plus que le reste de l’année, c’est sûr. On n’enterre plus ici, ou si peu, on marche sur les tombes de la poussière à perpétuité. Donc tout reste figé, et ne viennent que ceux qui se souviennent … qui se souviennent vraiment très loin.
Et puis vient moi.
Tous les jours ou presque. C’est facile, j’habite en face. C’est devenu une habitude telle qu’il ne me serait pas venu à l’idée de dire « je vais au cimetière ». C’est une phrase trop particulière pour un évènement aussi normal. On ne dit pas, ou rarement, « je m’endors » ou « je respire ». Alors moi, je ne vais pas au cimetière.
Aujourd’hui, même j’y vis, puisque j’y gis.
Laissez-moi vous le présenter, ce lieu, que vous ne laissiez pas votre imagination tisser n’importe quoi sous prétexte de planter un décor ! En bas il y a la ville, d’abord l’ancienne, et puis la neuve. Car ici, avant, il y avait un château, celui-ci disparu, il ne reste qu’un peuple de croix et de dalles fracassées par le temps et les racines de cyprès. C’est un cimetière de Babel où quand les pierres vous parlent, il n’est pas toujours aisé de les comprendre. Parlez-vous le russe ?
Il y a des étages, de petites suspensions emmurées. Ca et là, du béton, hélas. Et au sol, sous la poussière végétale, les agaçants graviers. Tout est petit, intime, serré, camouflé, on peut se cacher, se réfugier, se protéger, et dominer. Le privilège des rochassiers.
C’est tout ce que j’en dirai, de ce lieu, car le reste dépend de vous. De votre ressenti quand vous pénétrez les lieux, des images qu’il vous évoque, des fantômes qui vous parlent, des pierres que chaque jour vous y apportez, et de celles avec lesquelles vous repartez. A la fin, cela forme un tout, un sentiment à la fois précis car reconnaissable entre tous, et diffus car innommable.
J’en reviens à moi. Au 1er novembre.
Le jour déclinait et parait les pierres d’une douce lumière orangée. Ce jour-là était le seul où cela ne me dérangeait pas de voir d’autres visiteurs : c’était le seul jour de l’année où ils ne faisaient pas semblant de ne pas voir les tombes. Il n’y a rien qui ne m’agace plus que le dédain mâtiné de dégoût de ces figures bariolées qui viennent, guide obscène à la main, admirer la vue ! Imaginez des gens pénétrer chez vous sans vous accorder le moindre regard, simplement pour regarder à la fenêtre !
Je montais les quelques marches me séparant de la partie la plus haute de l’édifice. Par chance, c’était aussi la plus déserte, et je pus ainsi m’éviter les regards aux sourcils arc-boutés dus à ma jupe noire traînant quelque peu sur le sol, ou à mes pantoufles que je gardais parfois. Je m’assis sur le banc, face à la mer, et dos aux tombes de trois jeunes filles de mon âge, et même un peu plus jeunes, toutes trois valétudinaires. J’y songeais souvent, comme je vous l’ai dit, et si moi aussi ? La maladie … la mort annoncée. Prévue. Cause connue. Presque datée. L’amour que les gens mettent une vie à donner offert en une fois sur l’autel de ma souffrance, puis en gerbes et en larmes sur ma tombe.
Ca j’ai connu, ou presque. Aujourd’hui je n’ai qu’à me retourner pour le voir, et baisser les yeux. On n’appelle pas ça « dernière demeure » pour rien … d’ailleurs, peut-être que ça vient de là. Que l’Homme en prononçant ces mots s’est infligé à lui-même une malédiction : « ta tombe sera ta dernière demeure, tu ne pourras aller nulle part ailleurs ». Ainsi, ceux qui restent savent où venir vous rendre visite, maintenant qu’ils ne vous voient plus … quelque part, une maison de retraite, c’est déjà la tombe.
Mais qu’est-ce que j’en sais ? Je ne connaîtrai jamais.
Au fait, je n’avais pas terminé ! Mais c’est ainsi que ça s’est passé : je digressais, comme ça, comme je viens de le faire. Je laissais mon esprit tel Thésée, suivre un fil reliant différents points du labyrinthe de mes pensées. Ce n’était pas la première fois, mais ce jour-là sa quête vers la sortie fut longue. Très longue. Si longue que c’est par ma mort qu’il la trouva.
A force de penser, j’oubliais de me lever, de partir, d’aller me nourrir, de communiquer, de dormir. D’exister. Le gardien ne me vit donc pas. On m’oublia. Je m’oubliais. Et je cessais de vivre.
Ainsi mon esprit hellène arrêta sa marche. Pour un temps. Un temps noir, mat, brut, total.
Puis la quête reprit, doucement, à petits pas engourdis, comme au réveil. J’étais toujours assise, là sur le banc, il faisait nuit … et je sus de suite que je n’avais pas dormi. Non, c’était plus compliqué que ça, l’impression de vide était beaucoup trop vertigineuse, et la solitude infiniment trop pesante … et la tristesse, cette tristesse ! Une semi amnésie où je me souvenais, quelque part au creux de mon noir mat et brut, d’avoir pleuré, d’avoir dit au revoir, d’avoir regretté. Une odeur de sel et de fleurs, oui, et des pas … ce gravier crissant si agaçant.
Une illumination. Une quasi gnosophanie.
Je me tournais d’un mouvement brusque et pourtant éthéré, sûre de ce que j’allais trouver : à côté des trois tombes, une quatrième, plus neuve, plus blanche, et nouvelle.
Ci-gît moi.
1983-2003.
vendredi 25 juin 2010
Angel Dust.
Les rêves brisés des oiseaux ...
Des mains sales sur des bras maigres
Se posent juste sur ses épaules
Comme un vieil arbre jeune,
Et un peu de sang coule doucement de son nez
Sur le sol, la princesse prend la pose.
Dis au-revoir à la poussière d'ange
Le seul ange auquel tu crois ...
Des doigts sales sur ses mains
Faisant d'insupportables choses
Des portes ouvertes que je ne veux pas voir
Elle en fermera bien une ...
Les ailes cassées par le vrai monde.
La princesse tombe d'elle-même,
Sur le sol, la princesse prend la pose.
Dis au-revoir à la poussière d'ange
Le seul ange auquel tu crois ...
Le sol est froid
Son sang trop chaud
La douleur peut partir
Du premier coup.
Dors, petite princesse
Juste une dernière caresse
Une dernière perle de sang
Roulant sur ton monde
Tout doucement ...
Tu as presque touché
L'arc-en-ciel.
Parfois, je me demande ...
Angel Dust - Aaron
Des mains sales sur des bras maigres
Se posent juste sur ses épaules
Comme un vieil arbre jeune,
Et un peu de sang coule doucement de son nez
Sur le sol, la princesse prend la pose.
Dis au-revoir à la poussière d'ange
Le seul ange auquel tu crois ...
Des doigts sales sur ses mains
Faisant d'insupportables choses
Des portes ouvertes que je ne veux pas voir
Elle en fermera bien une ...
Les ailes cassées par le vrai monde.
La princesse tombe d'elle-même,
Sur le sol, la princesse prend la pose.
Dis au-revoir à la poussière d'ange
Le seul ange auquel tu crois ...
Le sol est froid
Son sang trop chaud
La douleur peut partir
Du premier coup.
Dors, petite princesse
Juste une dernière caresse
Une dernière perle de sang
Roulant sur ton monde
Tout doucement ...
Tu as presque touché
L'arc-en-ciel.
Parfois, je me demande ...
Angel Dust - Aaron
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